 Telle est la principale recommandation du rapport de la consultation publique qui s'est déroulée l'automne dernier. Et la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, entend bien y faire écho. «On ne peut pas à la fois investir dans des places en CHSLD et faire en sorte qu'il y a du soutien à domicile quand on regarde les finances publiques du gouvernement du Québec, a affirmé la ministre en rendant public son rapport, hier. Il faut fixer des priorités, il faut faire des choix, il faut surtout répondre à ce que les gens nous demandent et les gens nous demandent de vivre à domicile le plus longtemps possible.»
Le coprésident de la consultation, le Dr Réjean Hébert, estime que les investissements nécessaires pour donner la priorité au maintien à domicile en répondant adéquatement aux besoins se chiffrent à 500 millions de dollars, au minimum.
«C'est un investissement majeur, mais il y a des bénéfices à ça, a expliqué l'expert en gérontologie. Il y a des bénéfices en termes de diminution de la pression sur l'hôpital, diminution de la pression sur les urgences, diminution de la pression sur l'hébergement.»
Nulle part dans le rapport n'est-il question d'augmenter le nombre de places dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), alors qu'environ 5000 personnes sont actuellement en attente d'une place. «Il y en a trop, des places en hébergement, a rétorqué le Dr Hébert. S'il y avait des services à domicile convenables, on n'aurait pas besoin d'autant de places en hébergement. La raison pour laquelle il y a de la pression sur les places en hébergement, c'est que c'est le seul recours.»
Le gériatre de formation suggère même de créer une «prestation de soutien à l'autonomie», calculée selon les besoins de la personne âgée, en plus de réclamer un supplément de revenu garanti provincial.
Pour l'autre coprésidente, Sheila Goldbloom, âgée de 82 ans, il faut instaurer dans la société un changement d'attitude pour revaloriser la personne âgée.
La ministre Blais n'a pas voulu commenter les recommandations contenues dans le rapport, ni s'engager sur ce qu'elle va en faire. Impossible de savoir, également, si le budget de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, la semaine prochaine, contiendra des mesures pour les aînés. «On ne sait pas ce qu'il y a dans le budget, mais Mme Jérôme-Forget aime beaucoup les aînés», s'est contentée de répondre la ministre. Mme Blais a insisté sur le fait qu'elle planchait actuellement sur une réponse gouvernementale, qui devrait être présentée dans les prochaines semaines.
De l'action réclamée La publication du rapport de la consultation publique a suscité de vives réactions. Autant les partis de l'opposition que les groupes représentant les aînés ont critiqué l'absence d'engagements de la ministre, qui a refusé de dire quelles recommandations elle comptait favoriser.
La FADOQ, notamment, a accueilli favorablement les recommandations, mais doute de la volonté d'agir du gouvernement. «Monique Jérôme-Forget a déjà annoncé qu'elle n'avait pas une grande marge de manoeuvre. Si les investissements pour le maintien à domicile se font sous forme de grenailles ou de saupoudrage, ça ne fonctionnera pas», a affirmé Karine Genest, porte-parole de l'organisme qui regroupe des personnes de 50 ans et plus. La FADOQ considère donc qu'il est important de maintenir les places disponibles en CHSLD, «la seule instance adéquate pour accueillir les aînés en lourde perte d'autonomie».
Pour Lise Denis, de l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, «il y a urgence d'agir» pour qu'il y ait des investissements massifs dans le maintien à domicile, afin de désengorger les urgences. À l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, on se réjouit que la situation économique préoccupante des retraités ait été soulevée, mais on aurait aimé que le rapport suggère des mesures pour la prévention du suicide chez les aînés.
Porte-parole de l'opposition pour les aînés, la députée adéquiste Ginette Grandmont a plaidé pour «une véritable réforme» dans les conditions de vie des personnes âgées.
«On ne veut pas que ce rapport soit tabletté», a-t-elle dit.
Au Parti québécois, l'ex-ministre Louise Harel a sommé la ministre Blais de prendre des engagements et de les faire approuver par son gouvernement.
«Autrement, ça va rester des voeux pieux», a estimé Mme Harel, qui plaide pour plus de soins à domicile, mais sans toutefois négliger l'hébergement. |
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