 Les professeures et étudiantes du programme de baccalauréat en pratique sage-femme de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) ont eu toute une surprise lors de la rentrée universitaire. Ils ont reçu la visite d'un homme sage-femme.
Thomas Deharbe, poursuit actuellement des études universitaires en formation sage-femme dans sa région natale de Reims en France. Il était en visite sur notre campus, où sa sœur poursuit actuellement des études supérieures en littérature. «Lorsque j'ai constaté qu'il y avait un programme de formation de sage-femme, j'ai voulu rencontrer les étudiantes pour connaître comment elles vivaient leurs études», a-t-il tout bonnement indiqué.
«En France, il y a entre 8 % et 10 % d'hommes en pratique sage-femme»
C'est que l'étudiant âgé de 22 ans ne se formalisait pas trop de susciter tant de curiosité chez ses camarades québécoises. Après tout, l'homme tout comme la profession sage-femme sont solidement implantés dans le monde médical français. «En France, il y a entre 8 % et 10 % d'hommes en pratique sage-femme», précise Thomas Deharbe. De ce côté-ci de l'Atlantique, la situation est fort différente. Ne cherchez pas d'homme sage-femme au Québec. Il n'y a pas eu, non plus, de demande masculine de formation depuis le lancement de ce programme de formation exclusif à l'UQTR en 1999.
Lors de ses échanges avec les étudiantes trifluviennes, Thomas a pu apprendre qu'il existait en fait de grandes différences entre les pratiques françaises et québécoises. Alors qu'en France, la sage-femme œuvre surtout en milieu hospitalier, au Québec les accouchements avec sage-femme sont pratiqués en maison de naissance ou à la maison. Cette dernière option est quasi proscrite en France, surtout pour une question d'assurance. Cela engendre des coûts impossibles à rentabiliser pour ce type d'acte. Les honoraires de la sage-femme seraient exorbitants. De plus, de par sa formation et en pratique la sage-femme française est à égalité hiérarchique avec le médecin. «Nous ne sommes pas considérés comme des paramédicaux, ce qui facilite nos relations de travail au quotidien», souligne-t-il.
Après bientôt deux ans de formation universitaire, sur quatre, Thomas Deharbe compte déjà une cinquantaine d'accouchements sous supervision d'une sage-femme. Quel accueil lui réservent ses patientes? «Je dirais qu'il est très bon. Les hommes doivent évidemment travailler tout en douceur. Je me suis aussi fixé comme mission d'intégrer au maximum le père dans l'accouchement. Je note qu'ils ont moins peur de me poser des questions, que lorsqu'ils se retrouvent en présence d'une sage-femme», explique-t-il.
L'homme sage-femme au Québec ?
À quand le premier homme sage-femme au Québec ? La philosophie à la base des interventions de la sage-femme au Québec laisse très peu de place à l'homme, estime Josée Lafrance, directrice du programme de pratique sage-femme à l'UQTR. «Au Québec, le rôle de la sage-femme en est un davantage axé sur l'intimité. Cela va beaucoup plus loin que des gestes médicaux. Son travail ne s'inscrit pas dans un ordre hiérarchique ou autoritaire. On pense davantage à une relation humainement égalitaire avec la femme.»
Sur cette base, la professeure Lafrance se demande si les femmes et les familles seraient prêtes à accepter la présence d'un homme sage-femme?
À l'évidence, la question ne se pose pas chez nos cousins français. Thomas Deharbe est retourné chez lui sur les bancs de l'université pour compléter la dernière étape de sa formation. Ce n'est pas la motivation qui manque, car plusieurs familles auront besoin de lui. Il y a actuellement pénurie de sages-femmes en France et beaucoup de bébés à accueillir.
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